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Le Dê Tham

 

Sur le conseil d’un ami, j’ai récemment lu Le Dê Tham, de Claude Gendre. Ce livre retrace le parcours de Hoang Hoa Tam  qui devint l’un des symboles de la résistance vietnamienne à l’occupant français, de la fin du XIXème siècle à sa mort, en 1913. Ses stratégies et tactiques de combat inspirèrent les Vietminh pendant la guerre d’Indochine.Pour écrire sa biographie, Gendre s’appuie sur des rapports des autorités françaises et sur des données collectées au cours d’un voyage dans le Yen Thê (Nord du Viêtnam), où le Dê Tham passa la plus grande partie de sa vie.

 

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Simple gardien de buffles dans son enfance, il rejoint des  bandits à l’adolescence et se distingue par sa ruse et son talent au combat. Le chef de la bande la plus importante de la région en fait son fils adoptif, marque traditionnelle de confiance. Le paysage dépeint par l’auteur fait volontiers penser à l’atmosphère d’Au bord de l’eau, célèbre roman chinois qui raconte le combat d’une bande de 108 brigands contre les autorités corrompues.

 

 

Pour combattre les troupes d’occupation françaises, le Dê Tham, desormais à la tête de sa propre bande, applique toujours la même tactique. Il tend une première embuscade aux troupes régulières, s’enfuit et fait tomber les poursuivants dans une seconde embuscade, plus importante. Dê Tham est surnommé « le Moustique », qui pique et disparaît.

 

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En représailles, les coloniaux lancent de nombreuses offensives sur les repères des brigands. Gênés par le relief et la végétation, ils se heurtent à une féroce résistance. Lorsqu’ils finissent par investir la position, celle-ci est invariablement vide. A la faveur d’un orage ou de la nuit, les occupants s’évanouissent dans la nature dans les heures précédant l’assaut.

 

Entourés de nombreux "tigres" et "tigresses" (parmi eux, l'oncle du maître Nguyen Duc Moc), ses lieutenants, le Dê Tham multiplie les actions et les coups d’éclats et devient peu à peu le symbole de l’opposition armée au système colonial. La force de l’ouvrage de Gendre est de mettre ces évènements en perspective avec l’histoire de la région pour permettre de mieux comprendre ce qui a fait du chef de guerre un héros national.

 

Gendre explique notamment comment la victoire nippone lors de la guerre russo-japonaise (1904-1905) a montré aux Asiatiques qu’ils pouvaient triompher des Occidentaux. Ceci eût un fort retentissement sur l’élite de la jeunesse  vietnamienne, également influencée par le mouvement réformiste chinois qui oeuvrait à l'instauration d'une république à la place du régime impérial.

 

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On observe ici un véritable tournant dans la nature de l’opposition à la présence française. Aux mandarins en exil dans le sud de la Chine qui défendent le système et les valeurs traditionnels, le Can Vuong, se substitue progressivement un mouvement réformiste qui aspire à moderniser le Viêtnam et ses institutions et qui sera à l’origine de la guerre d’indépendance.

 

Le Dê Tham resta quant à lui très attaché aux rites et principes confucéens,  mais soutint ce nouveau mouvement de manière indirecte, au travers de ses actions. Fin stratège, habile diplomate et il faut bien le dire, baratineur de première catégorie, il devient si embêtant pour les Français que ceux-ci finissent par lui accorder une concession. Le gouverneur général d’Indochine avait tout intérêt à mettre en valeur le Tonkin (nord du Vietnam), car il avait de grands projets d’aménagement et de mise en valeur du territoire et gagnait à ce que le calme règne. Le Dê Tham dispose donc d’un territoire qu’il dirige en totale autonomie.

 

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Il  se tient tranquille au cours des premières années, à la grande satisfaction des  autorités. Pourtant, avec son accord, le Yen Thé devient le repère de bandes diverses, qui en font un sanctuaire face aux poursuites des Français. Ceux-ci font mine d’ignorer le double jeu du Dé Thâm jusqu’à ce que la situation ne soit plus tenable. Une offensive massive est lancée contre la concession. Celle-ci est démantelée, Dê Tham et sa bande doivent fuir. Ils seront constamment pourchassés, beaucoup seront tués ou feront soumission. Seul le Dê Tham, accompagné de ses deux serviteurs, continuera à narguer les autorités coloniales. Il sera finalement trahi et executé par trois traîtres à la solde des Français.  

 

A la fois biographie rigoureuse et portrait pertinent du Vietnam au début du XXème siècle, l’ouvrage de Gendre est incontournable pour tous ceux qui s’intéresse à cette région et à son histoire.

 

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