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Maître Nguyen Duc Moc


Maître Nguyên Duc Môc est né en 1913 au Nord Viêt-nam dans la commune de Thôn Bô Son, province de Bac Ninh, actuel Ha Bac, sous le toit d'une chaumière construite sur une chaîne de collines nommée Son Hoan Long ou "la montagne du dragon restitué". Le village où grandit le maître est entièrement occupé par des membres de sa famille qui exploite une ferme et vend des fruits. Son oncle dirige la communauté. C’est un homme impitoyable qui, aidé de ses frères,a débarrassé la région des bandits qui l’occupaient. C’est lui qui enseigne le Võ, que toute la famille pratique.

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Le jeune Nguyên Duc Môc montre rapidement des prédispositions pour le Võ. Il s'entraîne surtout avec son grand frère Nguyên Duc Chi. À l’époque, l'étude des arts martiaux était strictement interdite par le gouvernement français, qui veut éviter les troubles. Le maître se définissait lui-même comme un jeune homme « des rivières et des lacs », faisant les 400 coups et ne manquant pas une occasion de tester son niveau. Accompagné de son frère, il visite régulièrement les petites écoles de Võ locales. Ils provoquent les pratiquants dans l'espoir de rencontrer un maître et d'apprendre des techniques supérieures.

 

A 16 ans, Môc fait la connaissance de Hoang Hoa Ba, un moine chinois venu du monastère de Ma Duong Cuong qui vit du commerce de médicaments qu’il fabrique lui même. Les parents de Moc et Chi lui demandent d’accepter leurs enfants comme élèves. Celui-ci accepte.

Maître Ba enseigne à un groupe de sept disciples, qui vivent comme frères et sœurs. Moc est le "petit dernier", il écope de toutes les corvées. Le premier élève (le plus ancien) dirige les six autres. C'est également lui qui enseigne les thaos (enchaînements) qui sont la seule façon d'apprendre la technique à force de répétitions inlassables. Il n’y a pas d'applications ni d'étude de combat. Souvent le maître Ba frappe Moc sans expliquer. Celui-ci mémorise les "points d'anatomie" de cette façon. Il tente d'appliquer les techniques étudiées lors des rencontres et des nombreuses confrontations avec d'autres pratiquants afin d'en éprouver les effets. A la suite d’une défaite, Môc demande conseil à son maître. Celui-ci récite alors un poème qui permet à Môc de développer une stratégie basée sur l’attaque des membres.

 

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La seconde guerre mondiale éclate en Europe. Le gouvernement Français mobilise un fort contingent en Indochine. La famille du maître n'y échappe pas et le plus âgé de la fratrie, Nguyên Duc To, doit se présenter sous les drapeaux. Mais au Viêt-nam, il est de tradition que le fils aîné veille sur l'autel des ancêtres. Après de longues réflexions, la famille décide que c'est Duc Môc qui prendra la place de son frère. Par un tour de "passe-passe" Môc prend l'identité de son frère. L'incorporation doit durer deux ans, cela l’éloignera des tournois interdits et lui fera voir du pays. Le navire fera finalement cap sur Brazzaville, au Congo, pour rejoindre les Forces Françaises Libres.


Après la libération de la France, Nguyên Duc Môc, démobilisé, part chercher du travail dans le civil et entre en 1947 aux usines Renault, à Boulogne-Billancourt. Il n'a jamais eu l'idée d'ouvrir une école et se garde de dire qu'il pratique le Võ. Il n’enseigne qu’à un petit nombre de proches. Les cours ont lieu en plein air ou dans l'appartement, où l'on pousse les meubles. Môc a deux personnalités : ouvrier discret et débrouillard pour ses collègues, combattant impitoyable et sévère pour ses quelques élèves. Il est redouté dans toute la communauté vietnamienne et peu à peu on lui donne le titre de maître, qu'il n'a jamais revendiqué. A maintes reprises, à la suite de provocations racistes, il est obligé de se défendre et son efficacité au combat subjugue ses collègues de travail. Ils le questionnent, pensant qu'il s'agit du judo, seul art martial connu à l'époque; il leur parle alors du Võ Viêt-nam, art martial du Viêt-nam. Enthousiasmés, ils lui demandent de leurs apprendre ses techniques. Le Maître accepte alors, pensant ainsi faire connaître son pays natal. Le Võ Viêtnam est connu en France à partir de ce moment là, c'est-à-dire dans les années cinquante.

 

Il commence à structurer son enseignement par des séries et des thaos (enchaînements). Le premier sigle du dragon avec les trois montagnes voit le jour, ainsi que la devise (Dao Duc) de l'école Son Long Quyên Thuât: « La voie de la vertu est notre fondement, loyauté, civilité, sagesse sont nos guides. »

 

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L’école se développe, plusieurs générations de professeurs se succèdent sur cinq décennies. A chaque fois, un noyau dur se forme et atteint un excellent niveau, puis des dissensions font éclater le groupe et d’autres prennent la relève.

 

Ce qui était primordial pour lui, c’était d’être courageux, tant dans l’étude du Võ que dans la vie quotidienne. Ne jamais renoncer devant la difficulté, tel était son credo.

 

Un aspect fondamental du travail effectué par le maître Nguyên Duc Môc est la création et l’entretien de liens solides avec son pays d’origine. En 1983, il effectue un premier voyage, accompagné de certains de ses élèves. Le maître est très affecté par la pauvreté et le délabrement du pays. Une fois revenu en France, il organise de nombreux versements de fonds pour soutenir la reconstruction du Nord. Un complexe scolaire est financé par la fédération dans sa région natale où les cours ont lieu dans des ruines criblées d'impacts d'obus. Mais il est également préoccupé par le développement minime du Võ par rapport aux autres styles (Judo, Karaté, Tae Kwon Do) alors qu'il existe tant d'écoles et de maîtres. Il faut préciser ici qu’il s’agit de styles différents de celui du maître bien qu’ils se soient tous développés dans un contexte similaire. Il mandate des personnes sur place pour retrouver et réunir les écoles de Võ dans tout le pays, c'est le début de la création de la fédération de Võ Co Truyen Viêt-nam. Ce voyage fut donc une sorte de catalyseur pour un nouvel essor du Võ au Viêt-nam. Des échanges et des voyages sont désormais régulièrement organisés.

 

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En 2001, le Maître nomme officiellement la Commission Technique Internationale, qui prend sa succession. Depuis, les membres de la CTI s’appliquent sans cesse à développer l’école et à poursuivre le travail du maître. Malgré les désaccords qui les ont parfois poussés à s’éloigner de lui, tous les disciples de Nguyên Duc Môc restent profondément marqués par sa personnalité et son enseignement. Les liens sont forts entre les différents courants pratiquant le Son Long Quyên Thuat (Fédération Internationale du Võ Vietnam, Ecole Nationale du Võ Vietnam, Ecole Française de Võ Dân Tôc, Võ Son Long, Võ Sao Lim) et de nombreuses rencontres ont lieu afin d’échanger et de pratiquer ensemble.

 

Le maître Nguyên Duc Môc est décédé le 5 mai 2009 à l’âge de 95 ans.

 

Un documentaire sur le maître a été réalisé par l'un de ses élèves, Fernando Lopez. Découvrez en un extrait ici:

 


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Tonton 26/06/2010 18:18


Merci, cher rédacteur, anonyme mais pas anodin. :)


daoduc.slqt 18/07/2010 00:56



Vous êtes, me semble t il, un homme de lettres minuscules, mais à caractère droit.



Tonton 23/06/2010 11:09


Bonjour !

Bravo pour ce blog.

Que signifie "Dao Duc" ?


daoduc.slqt 26/06/2010 17:35



Bonjour !


Merci d'avoir consulté ce blog. Le Dao Duc est un terme vietnamien qui désigne le code moral de notre école. Cette notion fera l'objet d'un prochain article.


A bientôt