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Sabi Shiori, l'art de la solitude

Une nouvelle perle de my man Dave Lowry.J'ai pris quelques libertés avec le texte pour essayer d'en conserver l'esprit au mieux.

 

Sabi Shiori

 

"Qu'est ce qui fait d'un budoka ce qu'il est ? Quelle est la qualité, s'il y en a une, qui le distingue de la majorité des gens ? Bien sûr, je ne parle pas de compétences techniques ou de prouesses physiques. Quand je dis qu'il se "distingue", je ne parle pas non plus de célébrité. Mettons de côté le débat sur qui a la technique la plus fatale, la plus authentique, ou qui a été initié aux secrets les mieux gardés de l'Orient mystique. Mettons nous aussi d'accord sur le fait que nous ne parlons pas du nombre de couvertures de magazines pour lequel il a posé, de vidéos qu'il a tourné  ou de photos prises avec des célébrités d'Hollywood. Quand je m'interroge sur ce qui fait un budoka j'envisage une toute autre idée. Ce dont je parle, c'est cette qualité, ce caractère que l'on voit de temps à autre et qui nous fait nous dire « Ce type symbolise ce qu’est la Voie martiale » et nous demander comment atteindre nous même cet état.

 

D’après moi, il est difficile  de nommer cette qualité avec précision. Il est plus facile d’expliquer la manière dont elle se manifeste dans le caractère du budoka. Je pense qu’elle naît et se développe par le processus de Sabi Shiori. Que signifie cette expression ? C’est plus facile à expliquer au travers d’exemples. Le pratiquant de Iaido, dégainant, frappant et rengainant son sabre dans le froid du matin. Le karatéka qui se présente au dojo pour pratiquer seul son kata par une soirée enneigée, alors que tous les autres sont restés bien au chaud chez eux. L’aïkidoka qui, muni de son jo, se rend dans les bois pour pratiquer les mouvements qui selon les principes de son style le relient à l’univers. Voici des exemples de Sabi Shiori, un terme emprunté à l’esthétique japonaise. La meilleure traduction, bien qu’un peu bancale, serait « solitude solitaire ».

 

Pour le budoka, Sabi Shiori est un état d’esprit. C’est l’acceptation du fait que le Budo est une voie isolée qui mène le voyageur sur un chemin solitaire. Même au milieu d’une centaine de pratiquants lors d’un stage ou avec la douzaine de partenaires avec lesquels on s’entraîne habituellement, nous efforts doivent être individuels si l’on souhaite progresser sur la Voie martiale. En définitive, la pratique solitaire ne se distingue pas de l’entraînement au sens dans lequel on l’entend habituellement. C’est le cours normal des choses pour un budoka. Bien que l’expression Sabi Shiori-solitude solitaire- évoque une certaine tristesse, une mélancolie à éviter si l’on cherche le bonheur, c’est un concept qui implique l’acceptation de la solitude que la vie apporte en général et propose de l’accepter pour en faire un moyen de développement intérieur inestimable.

             

Sabi Shiori reflète également la volonté de porter les leçons étudiées au dojo à un niveau supérieur. Le budoka dont la recherche a atteint ce niveau ne peut se contenter des leçons transmises lors de l’entraînement ou celles que l’on peut trouver dans les livres sur le Budo. Il s’aventure volontiers plus loin, conscient que les vrais secrets de la Voie doivent être éprouvés et gravés dans l’âme. S’il jardine, la façon dont il tient son outil est la même que lorsqu’il manie son sabre ou son bâton. S’il pousse un enfant sur une balançoire, son mouvement émane de son centre, sa puissance provenant de ses hanches. S’il lit un livre d’histoire, il fait le lien entre ce qu’il lit sur les civilisations anciennes et les principes stratégiques des voies martiales. Mais pour le budoka qui arpente la voie avec l’esprit de Sabi Shiori, la vie offre également la perspective inverse : non seulement ses activités lui offrent une opportunité de pratiquer son art, mais son art se manifeste aussi dans sa vie quotidienne. Il aspire à être doux et déterminé dans ses actions, à être ouvert aux autres et à agir avec force et calme dans des situations aussi banales qu’un embouteillage ou aussi cruciales que lorsqu’il est confronté à sa propre mort.

 

Peut être qu'à un moment de votre vie, entre le trivial et le crucial, vous avez croisé ce genre de budoka et qu'il vous a inspiré. Ce que je veux dire par là c'est bien souvent, nous rencontrons ce genre de personnes non pas lorsque nous les cherchons mais lorsque cela est nécessaire. Nous ne vivons pas vraiment une période de crise mais nous avons le sentiment que quelque chose manque, qu'un vide a besoin d'être comblé, qu'une direction doit être trouvée. Alors, nous rencontrons le genre de budoka dont nous avons parlé et avons le sentiment d'avoir trouvé un guide, un modèle.

 

Contrairement aux clichés, il vit rarement comme un ermite. La recherche du Sabi Shiori n’est pas une fin en soi. Se reclure pour connaître la Voie ne vaut pas le coup. Le Sabi Shiori nous incite à nous isoler par moments afin de mieux nous connaître. Grâce à ces découvertes intérieures, nous sommes capables de retourner au monde affairé et d’être avec les autres de façon plus constructive. Cette manière d’être est ce qui distingue le budoka d’exception dont nous avons parlé plus tôt.

 

La prochaine fois que vous en croisez une quelqu’un comme ça, soyez attentif et essayez de percevoir le Sabi Shiori, le fondement de la grâce, de la douceur et de la force tranquille qui l'animent. Cherchez en lui l'endroit où, même au milieu d'une foule, il est toujours seul et en paix avec lui même. C'est cette partie de lui qui le poussera à se rendre seul au dojo et à arpenter le chemin du Budo dans une solitude apaisée. Si vous percevoir cela, alors vous aurez un aperçu de ce qu'est Sabi Shiori. Si votre engagement sur la voie martiale est sincère, son exemple vous guidera dans votre propre voyage. Observez le, apprenez et vous serez prêt à cheminer dans la solitude solitaire."     

 

 

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